Bibliographie de Médecine d'Urgence

Mois de décembre 2025


Clinical Infectious Diseases

Clinical Practice Guideline by Infectious Diseases Society of America (IDSA): 2025 Guideline on Management and Treatment of Complicated Urinary Tract Infections: Duration of Antibiotics for Complicated UTI.
Trautner BW, Cortés-Penfield NW, Gupta K, Hirsch EB, Horstman M, Moran GJ, Colgan R, O'Horo JC, Ashraf MS, Connolly S, Drekonja D, Grigoryan L, Huttner A, Lazenby GB, Nicolle L, Schaeffer A, Yawetz S, Lavergne V. | Clin Infect Dis. 2025 Dec 20:ciaf462
DOI: https://doi.org/10.1093/cid/ciaf462  | Télécharger l'article au format  
Keywords: Aucun

IDSA GUIDELINES

Conclusion : The guideline panel suggests treating cUTI, including acute pyelonephritis, with a shorter course of antibiotics rather than a longer course. […] Subgroup analysis of men with cUTI, including those who are febrile and/or bacteremic, suggests that 10–14 days of antibiotics may be associated with higher rates of cure. […] Infectious diseases practice in general is trending towards more individualized durations of therapy based on patient-specific risk factors for treatment failure.

Conclusion (proposition de traduction) : Le groupe de travail recommande de traiter les infections urinaires compliquées, y compris les pyélonéphrites aiguës, par des durées d’antibiothérapie plus courtes plutôt que prolongées. Les analyses de sous-groupes chez les hommes atteints d’infection urinaire compliquée, notamment lorsqu’elle est fébrile et/ou bactérienne, suggèrent toutefois que des durées de 10 à 14 jours peuvent être associées à des taux de guérison plus élevés. De manière plus générale, la pratique des maladies infectieuses évolue vers des durées de traitement individualisées, fondées sur les facteurs de risque propres à chaque patient de rechute ou d’échec thérapeutique.

Commentaire : Cette recommandation IDSA constitue une mise au point majeure sur un sujet au cœur de la pratique quotidienne et de l’antibiogouvernance : la durée optimale de l’antibiothérapie dans les infections urinaires compliquées. Sa force principale réside dans la clarté du message central, étayé par une revue systématique rigoureuse : chez les patients présentant une amélioration clinique sous traitement efficace, raccourcir la durée d’antibiothérapie ne compromet ni la guérison clinique ni le risque de récidive, tout en s’inscrivant dans une logique de réduction des effets indésirables et de la pression de sélection bactérienne.
Le travail met toutefois en évidence un point essentiel souvent négligé : la majorité des données disponibles provient de populations sélectionnées, majoritairement féminines, peu comorbides, sans sepsis sévère, sans obstacle urinaire ni matériel, et traitées par fluoroquinolones à une époque de moindre résistance. Cette réalité limite la transposabilité immédiate à certains profils fréquents aux urgences et en hospitalisation, notamment les patients âgés, porteurs de sondes urinaires, immunodéprimés ou en choc septique initial. Les auteurs ont le mérite de rendre ces limites explicites, ce qui renforce la crédibilité globale de la recommandation.
L’un des apports les plus importants concerne les hommes avec infection urinaire fébrile. Les analyses suggèrent un signal en défaveur des durées courtes, probablement lié à une atteinte prostatique sous-jacente souvent méconnue ou non explorée. Cette observation rappelle une réalité clinique fondamentale : la durée d’antibiothérapie ne peut être dissociée de l’organe réellement infecté. En l’absence de moyens diagnostiques simples et fiables pour exclure une prostatite aiguë, une approche plus prudente, avec des durées prolongées, demeure justifiée chez l’homme fébrile.
Sur le plan pratique, cette guideline fournit un cadre décisionnel robuste plutôt qu’un algorithme rigide. Elle légitime pleinement des stratégies de 5 à 7 jours chez les patients répondant rapidement au traitement, y compris en cas de bactériémie à bacilles Gram négatif d’origine urinaire, à condition d’une stabilité hémodynamique et d’un contrôle de la source. Elle encourage également la réévaluation active en cas d’absence d’amélioration, incitant à rechercher un foyer persistant plutôt qu’à prolonger mécaniquement l’antibiothérapie. En définitive, cette recommandation s’inscrit clairement dans le mouvement contemporain du « shorter is better », tout en évitant une approche dogmatique. Elle rappelle que la durée optimale n’est pas un chiffre universel, mais le résultat d’un équilibre entre efficacité clinique, caractéristiques du patient, agent infectieux, site réel de l’infection et objectifs d’antibiogouvernance. Pour le clinicien, elle offre un appui scientifique solide pour réduire les durées excessives, tout en conservant la latitude nécessaire à une individualisation raisonnée des traitements.

Neurological Research and Practice

Acute care of spontaneous intracerebral hemorrhage.
Shah VA, Bhende B, Biyani S, Mathur R, Cho SM, Bösel J. | Neurol Res Pract . 2025 Dec 15;7(1):96
DOI: https://doi.org/10.1186/s42466-025-00454-4  | Télécharger l'article au format  
Keywords: Aucun

STANDARD OPERATING PROCEDURE

Introduction : Acute spontaneous intracerebral hemorrhage (ICH) is a life-threatening neurological emergency that afflicts more than 3 million people worldwide each year and has the highest mortality and morbidity of all stroke types. Acute care of ICH patients is targeted towards reducing secondary brain injury by preventing hematoma expansion and alleviating elevated intracranial pressure (ICP) from hydrocephalus, midline shift, brain compression and perihematomal edema.
Aim: To provide a practical standard operating procedure (SOP) for the initial evaluation and management of acute spontaneous ICH patients.

Méthode : his SOP was developed using the latest clinical guidelines and relevant studies on the management of ICH patients along with the authors' own experience and judgment.

Résultats : Emergent care of ICH patients begins with stabilizing vital functions, rapid systolic blood pressure lowering and simultaneous reversal of any coagulopathy. Code ICH is a novel proposal to incorporate time-based bundled care to ensure timely institution of these therapies within 60 min of presentation. Clinical signs of elevated ICP and herniation should warrant prompt hyperosmolar therapy and emergent ventricular drainage for hydrocephalus. Emergent craniotomy or decompressive craniectomy for mass effect can be a lifesaving measure but may not improve functional outcomes. Early minimally invasive surgical interventions to promote clearance of intraventricular and parenchymal hemorrhage hold promise in not only improving survival but also promoting long-term functional improvement. Most importantly, early therapeutic nihilism must be avoided, and prognostication should be delayed for the first few days to allow time for recovery.

Conclusion : Avoiding early pessimism and promoting emergent aggressive bundled care for ICH patients can promote favorable outcomes. Minimally invasive surgical interventions to promote prompt blood clearance should be considered to improve long-term recovery.

Conclusion (proposition de traduction) : Éviter un pessimisme précoce et promouvoir une prise en charge urgente, agressive et structurée sous forme de soins groupés chez les patients atteints d’hémorragie intracérébrale peut favoriser des issues cliniques plus favorables. Les interventions chirurgicales mini-invasives visant à une évacuation rapide du sang devraient être envisagées afin d’améliorer la récupération à long terme.

Commentaire : Cet article propose une procédure opérationnelle standardisée (SOP) particulièrement complète et pragmatique pour la prise en charge aiguë de l’hémorragie intracérébrale spontanée, pathologie à la fois fréquente, redoutable et historiquement marquée par une forte abstention thérapeutique. Sa force principale réside dans l’intégration cohérente des données les plus récentes issues des recommandations internationales et des essais cliniques contemporains, traduites en une démarche temporellement hiérarchisée, centrée sur les premières heures de prise en charge.
Le concept de « Code ICH », fil conducteur de l’article, constitue un apport organisationnel majeur. En transposant à l’hémorragie intracérébrale la logique des bundles de soins et des objectifs temporels déjà éprouvés dans l’AVC ischémique, les auteurs rappellent que la prévention de l’expansion de l'hématome est une course contre la montre. La priorité donnée au contrôle rapide et stable de la pression artérielle, à la réversion immédiate des anticoagulants et à la correction des facteurs métaboliques dans les 60 premières minutes est solidement étayée et directement transposable en pratique aux urgences et en réanimation neurovasculaire.
Sur le plan neurochirurgical, l’article adopte une position nuancée et actuelle. Les auteurs distinguent clairement les interventions à visée de sauvetage vital — drainage ventriculaire externe, craniectomie décompressive — de celles visant un bénéfice fonctionnel à plus long terme. La place croissante des techniques mini-invasives, notamment pour l’hémorragie intraventriculaire et certaines hémorragies lobaires, est présentée de façon équilibrée, en s’appuyant sur les données récentes (CLEAR, ENRICH), sans extrapolation excessive. Cette approche contribue à dépasser l’opposition stérile entre traitement conservateur et chirurgie lourde.
Un point particulièrement fort du texte est la dénonciation explicite du pessimisme pronostique précoce. En rappelant que les scores pronostiques initiaux ne capturent ni la dynamique évolutive ni la réponse aux traitements, les auteurs plaident de manière convaincante pour un délai de plusieurs jours avant toute décision limitant les soins, sauf directives anticipées claires. Cette position, soutenue par des données longitudinales robustes, a un impact éthique et pratique majeur, notamment dans les décisions de limitation thérapeutique en phase hyperaiguë.
Sur le plan critique, il s’agit d’une SOP fondée sur des recommandations et une expertise clinique plutôt que d’un consensus formel ou d’une guideline officielle, ce que les auteurs reconnaissent explicitement. Certaines propositions, notamment l’extension du « Code ICH » aux traitements de l’HTIC dès la première heure, reposent davantage sur une logique physiopathologique que sur des essais randomisés dédiés. Néanmoins, cette transparence renforce la crédibilité du propos et facilite son appropriation raisonnée par les équipes.
En pratique, cet article constitue un support de référence de grande valeur pour structurer la prise en charge des hémorragies intracérébrales aux urgences et en soins intensifs. Il fournit un cadre clair, temporellement organisé et adaptable aux ressources locales, tout en diffusant un message central fort : l’hémorragie intracérébrale n’est pas une fatalité immédiate, et une prise en charge précoce, coordonnée et non résignée est une condition essentielle pour améliorer la survie et la récupération fonctionnelle.

Voir : Hemphill JC 3rd, Greenberg SM, Anderson CS et al. Guidelines for the Management of Spontaneous Intracerebral Hemorrhage: A Guideline for Healthcare Professionals From the American Heart Association/American Stroke Association. Stroke. 2015 Jul;46(7):2032-60  .
Steiner T, Purrucker JC, Aguiar de Sousa D, Apostolaki-Hansson T, Beck J, Christensen H, Cordonnier C, Downer MB, Eilertsen H, Gartly R, Gerner ST, Ho L, Holt Jahr S, Klijn CJ, Martinez-Majander N, Orav K, Petersson J, Raabe A, Sandset EC, Schreuder FH, Seiffge D, Al-Shahi Salman R. European Stroke Organisation (ESO) and European Association of Neurosurgical Societies (EANS) guideline on stroke due to spontaneous intracerebral haemorrhage.Eur Stroke J. 2025 Dec;10(4):1007-1086  .

The American Journal of Emergency Medicine

Balanced crystalloids versus normal saline for trauma resuscitation: A systematic review and meta-analysis.
Zaki HA, Elmelliti H, Shaban A, Shaban A, Elkandow A, Abdelrahim MG, Musaed W, Shaban EE. | Am J Emerg Med. 2025 Dec 25;101:84-91
DOI: https://doi.org/10.1016/j.ajem.2025.12.030  | Télécharger l'article au format  
Keywords: Acute kidney injury; Balanced crystalloids; Normal saline; Trauma patients; Trauma resuscitation; Traumatic brain injury

Online ahead of print.

Introduction : Fluid resuscitation is a key element for the management of critical care patients. However, it is uncertain whether balanced crystalloids may be preferred over normal saline (NS) in trauma patients. Therefore, the current meta-analysis compared the efficacy and safety of balanced crystalloids with NS in trauma resuscitation.

Méthode : The online search for articles relevant to our study objective was conducted in PubMed, Cochrane Central Register of Controlled Trials (CENTRAL), Web of Science, and Scopus. This search was limited to randomized controlled trials (RCTs) available in English language. The primary outcome of our study was all-cause mortality, and secondary outcomes were incidence of acute kidney injury (AKI), length of intensive care unit (ICU) stay, ventilator-free days, need for renal replacement therapy (RRT), and base deficit. The statistical analyses were performed using RevMan 5.4.1, and bias assessment was performed using the Cochrane risk of bias tool (ROB-2).

Résultats : Six distinct RCTs involving 1950 trauma patients were included. The pooled analyses revealed that NS was associated with decreased mortality in traumatic brain injury (TBI) patients (OR: 1.35; 95 % CI: 1.06 to 1.72; p = 0.02), but not in trauma patients without TBI (OR: 1.17; 95 % CI: 0.47 to 2.90; p = 0.74). Similarly, more ventilator-free days were observed in the NS group than in the balanced crystalloids group among TBI patients (MD: -0.67 days; 95 % CI: -0.86 to -0.48; p < 0.00001), but not in trauma patients without TBI (MD: 3.0 days; 95 % CI: -3.36 to 9.36; p = 0.36). On the other hand, no significant difference was observed in total volume of study fluid administered, AKI incidence and length of ICU stay among patients with or without TBI.

Conclusion : In trauma patients with TBI, NS was associated with lower mortality and more ventilator-free days than balanced crystalloids, whereas no significant difference was noted in trauma populations without TBI. Moreover, there was no significant difference between NS and balanced crystalloids in terms of AKI incidence, need for RRT, and ICU stay, suggesting that balanced crystalloids remain a safe and reasonable option for trauma resuscitation.

Conclusion (proposition de traduction) : En résumé, cette méta-analyse suggère que le sérum salé isotonique est associé à une mortalité plus faible chez les patients traumatisés présentant un traumatisme crânien, tandis qu’aucune différence significative n’est observée chez les traumatisés sans atteinte cérébrale. Toutefois, la majorité des données disponibles ne met pas en évidence de différence significative de mortalité entre le sérum salé et les cristalloïdes équilibrés chez les patients avec traumatisme crânien. Par ailleurs, aucune différence significative n’a été observée entre les deux types de solutés concernant l’incidence de l’insuffisance rénale aiguë, le recours à l’épuration extrarénale ou la durée de séjour en réanimation. Les données montrent également que le sérum salé et les cristalloïdes équilibrés permettent tous deux de maintenir le pH, les bicarbonates, le lactate et le déficit de base dans des limites physiologiques, suggérant une préservation adéquate de l’équilibre acido-basique. Dans l’ensemble, ces résultats indiquent que le sérum salé isotonique et les cristalloïdes équilibrés constituent des options acceptables et sûres pour la réanimation initiale du traumatisé. Toutefois, l’impossibilité de déterminer d’emblée la présence d’un traumatisme crânien rend le choix initial du soluté indépendant de ce critère ; dans ce contexte, le sérum salé demeure une option standardisée, sûre et largement utilisée.

Commentaire : Cette revue systématique et méta-analyse aborde une question centrale et toujours débattue en médecine d’urgence et en traumatologie : le choix du soluté de remplissage initial chez le patient traumatisé. En se limitant strictement aux essais randomisés contrôlés et en distinguant explicitement les patients avec et sans traumatisme crânien, les auteurs proposent une analyse méthodologiquement rigoureuse, mais volontairement prudente dans l’interprétation de ses résultats.
Le signal le plus marquant concerne les patients avec traumatisme crânien, chez lesquels le sérum salé apparaît associé à une mortalité plus faible et à un nombre plus élevé de jours sans ventilation. Cette observation, cohérente avec plusieurs méta-analyses récentes, relance le débat physiopathologique autour de la tonicité des solutés, de l’osmolarité sérique et du risque d’œdème cérébral. Néanmoins, les auteurs soulignent eux-mêmes que ce résultat repose en grande partie sur un essai de grande taille (BaSICS), et que les autres études incluses n’individualisent pas systématiquement un effet délétère clair des cristalloïdes balancés. Cette dépendance à un nombre limité d’essais invite à la prudence et empêche toute conclusion définitive.
En dehors du traumatisme crânien, l’absence de différence significative sur la mortalité, l’insuffisance rénale aiguë, la durée de séjour en réanimation ou le volume de soluté administré est un résultat important. Il suggère que, dans la majorité des situations de traumatologie non neurologique, le choix entre sérum salé et cristalloïdes équilibrés a probablement un impact clinique limité à court terme, à condition que les volumes administrés restent raisonnables et intégrés dans une stratégie de damage control resuscitation.
Sur le plan critique, cette méta-analyse met en évidence les limites structurelles de la littérature disponible : hétérogénéité des solutés balancés utilisés, variabilité des profils lésionnels, critères de gravité insuffisamment standardisés et faible puissance des analyses de sous-groupes. De plus, l’absence de stratification selon les sous-types de traumatisme crânien (diffus, focal, hémorragique) constitue un angle mort majeur, alors que la physiopathologie et la sensibilité à l’osmolarité peuvent différer profondément.
En pratique, ce travail conforte une approche pragmatique et nuancée. Il ne justifie ni l’abandon des cristalloïdes balancés, ni leur généralisation systématique en traumatologie. Il rappelle surtout que, en phase précoce, le clinicien ne peut fonder son choix de soluté sur un diagnostic neurologique encore incertain. Dans ce contexte, le sérum salé conserve une place légitime comme soluté de référence, simple, disponible et sûr, tandis que les cristalloïdes balancés restent une alternative acceptable, notamment lorsque l’objectif est de limiter la charge chlorée dans des contextes prolongés. Plus qu’un débat binaire, cette méta-analyse plaide pour une réanimation raisonnée, centrée sur le contrôle hémorragique, la limitation des volumes et l’adaptation dynamique au profil physiopathologique du patient.


Mois de décembre 2025